Amoris Laetitia n°280 à 286 : orientations pastorales du pape François

280. Le Concile Vatican II envisageait la nécessité « d’une éducation sexuelle à la fois positive et prudente au fur et à mesure [que les enfants et les adolescents] grandissent » et « en tenant compte du progrès des sciences psychologique, pédagogique et didactique ». Nous devrions nous demander si nos institutions éducatives ont pris en compte ce défi. Il est difficile de penser l’éducation sexuelle, à une époque où la sexualité tend à se banaliser et à s’appauvrir. Elle ne peut être comprise que dans le cadre d’une éducation à l’amour, au don de soi réciproque. De cette manière, le langage de la sexualité ne se trouve pas tristement appauvri, mais éclairé. L’impulsion sexuelle peut être éduquée dans un cheminement de connaissance de soi et dans le développement d’une capacité de domination de soi, qui peuvent aider à mettre en lumière les capacités admirables de joie et de rencontre amoureuse.

281. L’éducation sexuelle offre des informations ; mais il ne faut pas oublier que les enfants et les jeunes n’ont pas atteint une maturité pleine. L’information doit arriver au moment approprié et d’une manière adaptée à l’étape qu’ils vivent. Il ne sert à rien de les saturer de données sans le développement d’un sens critique face à l’invasion de propositions, face à la pornographie incontrôlée et à la surcharge d’excitations qui peuvent mutiler la sexualité. Les jeunes doivent pouvoir se rendre compte qu’ils sont bombardés de messages qui ne visent pas leur bien et leur maturation. Il faut les aider à reconnaître et à rechercher les influences positives, en même temps qu’ils prennent de la distance par rapport à tout ce qui déforme leur capacité d’aimer. De même, nous devons admettre que le « besoin d’un langage nouveau et plus approprié se fait surtout sentir au moment d’introduire le thème de la sexualité pour les enfants et les adolescents ».

282. Une éducation sexuelle qui préserve une saine pudeur a une énorme valeur, même si aujourd’hui certains considèrent qu’elle est une question d’un autre âge. C’est une défense naturelle de la personne, qui protège son intériorité et évite qu’elle devienne un pur objet. Sans la pudeur, nous pouvons réduire l’affection et la sexualité à des obsessions qui nous focalisent uniquement sur la génitalité, sur des morbidités déformant notre capacité d’aimer et sur diverses formes de violence sexuelle qui nous conduisent à nous laisser traiter de manière inhumaine et à nuire aux autres.

283. Fréquemment, l’éducation sexuelle se focalise sur l’invitation à ‘‘se protéger’’, en cherchant du ‘‘sexe sûr’’. Ces expressions traduisent une attitude négative quant à la finalité procréatrice naturelle de la sexualité, comme si un éventuel enfant était un ennemi dont il faut se protéger. Ainsi, l’on promeut l’agressivité narcissique au lieu de l’accueil. Toute invitation faite aux adolescents pour qu’ils jouent avec leurs corps et leurs sentiments, comme s’ils avaient la maturité, les valeurs, l’engagement mutuel et les objectifs propres au mariage, est irresponsable. De cette manière, on les encourage allègrement à utiliser une autre personne comme objet pour chercher des compensations à des carences ou à de grandes limites. Il est important de leur enseigner plutôt un cheminement quant aux diverses expressions de l’amour, à l’attention réciproque, à la tendresse respectueuse, à la communication riche de sens. En effet, tout cela prépare au don de soi total et généreux qui s’exprimera, après un engagement public, dans le don réciproque des corps. L’union sexuelle dans le mariage se présentera ainsi comme signe d’un engagement plénier, enrichi par tout le cheminement antérieur.

284. Il ne faut pas tromper les jeunes en les conduisant à confondre les niveaux : l’attraction « crée, pour un moment, l’illusion de l’‘‘union’’, mais sans amour, une telle union laisse les inconnus aussi séparés qu’auparavant ». Le langage du corps exige l’apprentissage patient qui permet d’interpréter et d’éduquer ses propres désirs pour se donner réellement. Lorsqu’on veut tout donner d’un coup, il est probable qu’on ne donne rien. Une chose est de comprendre les fragilités de l’âge ou ses confusions, et une autre d’encourager les adolescents à prolonger l’immaturité de leur façon d’aimer. Mais, qui parle aujourd’hui de ces choses ? Qui est capable de prendre les jeunes au sérieux ? Qui les aide à se préparer sérieusement à un amour grand et généreux ? On prend trop à la légère l’éducation sexuelle.

285. L’éducation sexuelle devrait inclure également le respect et la valorisation de la différence, qui montre à chacun la possibilité de surmonter l’enfermement dans ses propres limites pour s’ouvrir à l’acceptation de l’autre. Au-delà des difficultés compréhensibles que chacun peut connaître, il faut aider à accepter son propre corps tel qu’il a été créé, car « une logique de domination sur son propre corps devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création […]. La valorisation de son propre corps dans sa féminité ou dans sa masculinité est aussi nécessaire pour pouvoir se reconnaître soi-même dans la rencontre avec celui qui est différent. De cette manière, il est possible d’accepter joyeusement le don spécifique de l’autre, homme ou femme, œuvre du Dieu créateur, et de s’enrichir réciproquement ». Ce n’est qu’en se débarrassant de la peur de la différence qu’on peut finir par se libérer de l’immanence de son propre être et de la fascination de soi-même. L’éducation sexuelle doit aider à accepter son propre corps, en sorte que la personne ne prétende pas « effacer la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus s’y confronter ».

286. On ne peut pas non plus ignorer que dans la configuration de sa propre manière d’être, féminine ou masculine, ne se rejoignent pas seulement des facteurs biologiques ou génétiques, mais de multiples éléments qui ont à voir avec le tempérament, l’histoire familiale, la culture, les expériences vécues, la formation reçue, les influences des amis, des proches et des personnes admirées, ainsi que d’autres circonstances concrètes qui exigent un effort d’adaptation. Certes, nous ne pouvons pas séparer le masculin du féminin dans l’œuvre créée par Dieu, qui précède toutes nos décisions et nos expériences, où il y a des éléments biologiques évidents. Mais il est aussi vrai que le masculin et le féminin ne sont pas quelque chose de rigide. Par conséquent, il est possible, par exemple, que la manière d’être homme du mari puisse s’adapter de manière flexible à la situation de l’épouse en ce qui concerne le travail. S’occuper de certains travaux de maison ou de certains aspects des soins aux enfants ne le rend pas moins masculin ni ne signifie un échec, une capitulation ni une honte. Il faut aider les enfants à considérer comme normaux ces sains ‘‘échanges’’, qui n’enlèvent aucune dignité à la figure paternelle. La rigidité devient une exagération du masculin ou du féminin, et n’éduque pas les enfants et les jeunes à une réciprocité concrète dans les conditions réelles du mariage. Cette rigidité, en retour, peut empêcher le développement des capacités de chacun, au point d’amener à considérer comme peu masculin de se dédier à l’art ou à la danse et peu féminin de s’adonner à une activité de conduite de voitures. Grâce à Dieu, cela a changé, mais à certains endroits, des conceptions inadéquates continuent de conditionner la liberté légitime et de mutiler le développement authentique de l’identité concrète des enfants ou de leurs potentialités.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.